mercredi 22 décembre 2010
mardi 21 décembre 2010
mardi 14 décembre 2010
mercredi 20 octobre 2010
26 NOVEMBRE FETISHBOX 4: SICK NURSES PARTY - PURGATOIRE- MAD - LAUSANNE

Soirée spéciale Sick Nurses Party à la FetishBox IV…
ça va breaker dans les fauteuils roulants et ruer dans les brancards, sans anesthésie merci.
Côté performances nous aurons le grand plaisir d’accueillir Missy Macabre (UK) :
Pour la première fois en Suisse, la britannique Missy Macabre et son style de cirque étouffant indubitable, son sens de l'humour. Pin-up, interprète de cabaret, présentant des spectacles immaculés et inventifs comme son show "le Bain de Verre Cassé". Assurant que chaque acte est esthétique et unique, voir même théâtral, elle combine les comédies satiriques, la fascination éternelle et l'esprit audacieux. Artiste polyvalente et fantaisiste. Missy Macabre a aussi été représentée dans des magazines divers, journaux, livres, vidéos etc., Missy est renommée pour apporter la classe et l'élégance au monde d'Attractions de Cirque.

Krash on Earth (CH)
KRASH ON EARTH est né d’un besoin de communiquer, sous une forme inédite, la notion de protection globale de notre environnement humain, naturel et matériel. Composé de DJ Rom Beads et de VJ Mika Ventura, deux artistes ayant de solides références protéiformes, KRASH ON EARTH s’engage dans le débat environnemental et humain actuel, et offre un manifeste interactif dans une dimension sonore et visuelle d’exception.
Enfant, DJ Rom Beads s’est empêtré dans un piano. Adolescent, il s’est greffé un poste radio. Adulte, il a été informé par son psy qu’il était musicovore en phase terminale. Enfant, VJ Mika Ventura s’est mélangé les pieds dans un magnétoscope. Adolescent, il s’est greffé une caméra. Adulte, il a été informé par son neuro- logue qu’il était vidéophage en phase terminale.
Réunis pour le meilleur et pour le pire... Nos deux terminaux sont un télescopage de genres.
Plus d'infos : http://www.myspace.com/krashonearth#ixzz12v5wtoZk
A 2H, c’est DJ Duckk (Feeling & Sound (FR) qui prend les reines.
Pour ceux à qui Dj Duckk doit encore être présenté c'est un amoureux de sons très actif dans le monde des musiques actuelles, depuis une bonne dizaine d'années. Responsable de FEELING AND SOUND, association et collectif d'artistes de musiques électroniques. Dj depuis 1998, où il a posé ses premières galettes au Mark XIII de Grenoble aux côtés de DJ tels que Oxia et The Hacker ; Grand caméléon des platines, il s'adapte suivant le cadre et le public. Il fait également parti du groupe WÄKS aux côtés de Soph' (chant), Dav' (guitare qui tache) et Ben (batterie).
Infos: www.myspace.com/duckkdj
Projections de films en phase avec le thème….
PLAYZONE
Croix de St-André, sling, prie-dieu, bondage point, etc..
LOUNGE ZONE
Les zones lounges accueillerons les fessiers meurtris.
Et pour le reste: looks extravagants, conduites amorales et sueur, comme on le dit trop souvent et jamais assez: Le vrai show c’est vous!
DRESSCODE
CREATIVE DRESSING ONLY!
NO CASUAL, NO STREEWEAR!
CABINES POUR SE CHANGER A DISPOSITION.
Prix d’entrée: 25 CHF
de 23H à O5H
ETANT DONNE QUE LE LIEU A UNE CAPACITE LIMITEE, NOUS CONSEILLONS VIVEMENT DE RESERVER PAR E MAIL EN NOUS DONNANT VOS NOMS, POUR ETRE CERTAINS DE POUVOIR ENTRER. PAS DE PRE-LOCATIONS, LE PRIX D'ENTREE DE 25.- SE REGLE AUX CAISSE DU MAD EN ENTRANT.
Si vous êtes titulaire d'une carte de membre du MAD votre entrée se fait sous les conditions du Mad (comme à votre habitude).
RESERVATIONS & INFOS
E mail à: paranormaliens@gmail.com
Paranormal Society
dimanche 10 octobre 2010
HALLOWEEN PERFORMERS BLOODY BLOODY PEDIGREES....
Chauds les cocos zombies, Halloween au Mad c'est sans Fetishbox. La FETISHBOX 4 aura lieu le 26 novembre, toujours au Purgatoire du Mad et cette fois elle sera un peu spéciale. Pour vous tenir au courant de la programmation et des réjouissances, il suffit de s'abonner à ce flux où de s'inscrire à la newsletter de Paranormal Society sur www.paranormal-society.org
Ceci dit, inutile de retourner direct dans son cuffin, lla soirée promet une folie comme pas connue depuis longtemps, le Mad gère la programmation musicale pour son évènement de taille annuel et accueille le Paranormal Society Crew qui s'est occupé de faire venir quelques uns des performeurs les plus saignants et sexys d'Europe. Jugez par vous-même:
Ceci dit, inutile de retourner direct dans son cuffin, lla soirée promet une folie comme pas connue depuis longtemps, le Mad gère la programmation musicale pour son évènement de taille annuel et accueille le Paranormal Society Crew qui s'est occupé de faire venir quelques uns des performeurs les plus saignants et sexys d'Europe. Jugez par vous-même:
En tête d'affiche les Hollandais TomTom & Pornfreaks Deluxe, qui ont lâchés Alice Cooper le soir du 6 novembre 2010 pour venir se donner corps et âme pour la première fois en Suisse dans des shows bien barrés.
La très piquante Amarantha Lablanche, venue elle aussi d'Amsterdam, pin up sanglante, nurse des moites cauchemars de puceaux fiévreux nous livrera deux shows des plus sidérants.
Le crew Zurichois Steel freaks, mené par l'excentrique psycho bling bling Christian IchBinJesusKannalles que nous sommes spécialement fiers de présenter.
La Play pierceuse et shibari mistress de Paris Bérénice V. et sa victime, la performeuse Roxanne Szekely, pin up héroïne des BD trash et pornos de Tancrède Szekely.
La sexy et possédée Klodia Sparkling, Walkyrie de Punish Yourself, aussi flippante que bandante avec sa scie circulaire.
mardi 5 octobre 2010
HALLOWEEN PERFORMERS AU MAD ET FETISHBOX IV DU 06.11.10
INFO CONCERNANT HALLOWEEN AU MAD ET LA FETISHBOX IV DU 06.11.10
La soirée Fetishbox IV prévue durant la nuit de Halloween au Mad Lausanne est annulée !!!!!
En attendant, voici le programme des performers que Paranormal a choisi pour décaper visuellement cet Halloween du Mad.
Paranormal Society investit le Mad avec sa sélection de performers pour vous assurer une soirée Halloween dans le genre paranorrmal. ( Info sur les dj's et le reste de la programmation: voir le programme du MAD.)
...
Prochain Rdv Fetishbox 26.11.10 - 24.12.10 (special FetishXmasBox).
Bien à voutres
Paranormal Society
LINKS DES PERFORMERS:

mardi 7 septembre 2010
mardi 17 août 2010
FETISHBOX PARTY III - 10 SEPTEMBRE - PURGATOIRE - LAUSANNE
![]() | ||||
INFOS & RESERVATIONS: www.paranormal-society.org |
Paranormaliens,
c'est la rentrée et le 10 septembre c'est la FetishBox III…
Jusqu'à 2 heure du matin c'est Xuei Ruff, DJ et producteur de dark drum'n'bass, electrodark, à l'origine de la création du label Ruff-Tang Productions ainsi que du studio d'enregistrement Ruff-Tang Laboratories, également actif dans le collectif des agités de Feeling & Sound.
Jusqu'à 2 heure du matin c'est Xuei Ruff, DJ et producteur de dark drum'n'bass, electrodark, à l'origine de la création du label Ruff-Tang Productions ainsi que du studio d'enregistrement Ruff-Tang Laboratories, également actif dans le collectif des agités de Feeling & Sound.
A 2 heure, c’est Demetra Vox qui prendra le contrôle des platines. Genevois d'origine basé à Londres, il évolue dans la musique électronique depuis 1996 et mixe dans la plupart des lieux alternatifs de Genève tel le Zoo Club Usine (ex-resident), Case-a-Choc, Le mythique Kab si cher à messieurs Asks et Schmurnoff, à La Bâtie Festival, Electron Festival, and many more. Il s'est produit avec des artistes tels que Vitalic, Dave Clarke, The Hacker, Ellen Allien, Zombie Nation / John Starlight, Water Lilly.
PERFORMANCE
Un live act de bondage par Lysinka Bondage Model & Trev Scorpiorising. Comme le hasard fait bien les choses, la belle, accompagnée de son knoty boy souffle 23 bougies le jour même.
PERFORMANCE
Un live act de bondage par Lysinka Bondage Model & Trev Scorpiorising. Comme le hasard fait bien les choses, la belle, accompagnée de son knoty boy souffle 23 bougies le jour même.
PROJECTIONS
Seconde partie des films de Kenneth Anger.
PLAYZONE
Croix de St-André, sling, prie-dieu, bondage point, à quoi bon sous-entendre d’avantage...
LOUNGE ZONE
Les zones lounge accueillerons les fessiers meurtris. Et pour le reste: looks extravagants, conduites amorales et sueur, comme on le dit trop souvent et jamais assez: Le vrai show c’est vous!
Les zones lounge accueillerons les fessiers meurtris. Et pour le reste: looks extravagants, conduites amorales et sueur, comme on le dit trop souvent et jamais assez: Le vrai show c’est vous!
DRESSCODE
fetish, vinyl, rubber, geishas, freaks,vamps, rock n’roll pin ups, doms & subs, burlesque, furries, SF creatures, doctors & nurses, glamour, pervy, bizarre, kink, dominas, baroque, extravagant...
CREATIVE FETISH DRESSING ONLY!
NO CASUAL, NO STREEWEAR!
CABINES POUR SE CHANGER A DISPOSITION.
Prix d’entrée: 25 CHF
de 23H à O5H
ETANT DONNE QUE LE LIEU A UNE CAPACITE LIMITEE, NOUS CONSEILLONS VIVEMENT DE RESERVER PAR E MAIL EN NOUS DONNANT VOS NOMS, POUR ETRE CERTAINS DE POUVOIR ENTRER. PAS DE PRE-LOCATIONS, LE PRIX D'ENTREE DE 25.- SE REGLE AUX CAISSE DU MAD EN ENTRANT.
Si vous êtes titulaire d'une carte de membre du MAD votre entrée se fait sous les conditions du Mad (comme à votre habitude).
RESERVATIONS & INFOS
mail à: paranormaliens@gmail.com
+41 76 255 9220
Bien à voutres,
+41 76 255 9220
Paranormal Society
Link vers le facebook Group: http://www.facebook.com/group.php?gid=231336359948&ref=ts
mercredi 4 août 2010
mercredi 2 juin 2010
Newsletter juin-juillet, Shibari workshop du 29 mai, galerie photo en ligne
Paranormaliens, paranormaliennes,
Merci à ceux et celles qui ont participé au Shibari Bondage Workshop le 29 Mai dernier à Lausanne. Nous avons eu beaucoup de plaisir à passer cette après-midi avec vous, en espérant que chacun en est reparti avec quelque chose à développer, ce qui semble être le cas. Les photos ici: http://www.paranormal-society.org/galeries.html
Pour ceux qui ont manqué le précèdent et pour ceux qui le souhaitent, nous organiserons d’ici peu un autre workshop d’initiation au Shibari Bondage suivi d’un workshop Shibari Bondage plus avancé. Nous vous tiendrons, bien évidement, au courant de tout ceci.
Le 25 Juin, seconde édition de la FETISHBOX, la seule soirée déconseillée aux humains et aux relativistes. Une soirée très queer, puisque La scandaleuse, vénéneuse, gigantissimme Gloria Gaybar Gorgeous Queen in Switzerland, parachutée d’un film de John Waters, sera The Queen. En première partie de la soirée, elle viendra y vernir son album freaky, glossy, touchy, dirty electro « Borderline » sorti le 25 Mai dernier.
De 23h à 0h c’est vernissage, amuse-langues, bouchées et vodka shots. Aiguisage de patins!!! Puis dans le courant de la nuit, la diva à voix grave nous fera l’honneur de son freaky Live Show.
De 23h à 0h c’est vernissage, amuse-langues, bouchées et vodka shots. Aiguisage de patins!!! Puis dans le courant de la nuit, la diva à voix grave nous fera l’honneur de son freaky Live Show.
A minuit, c'est Herr Liebe, dj, producteur, patron du label Urgence Disks, membre fondateur du génial groupe BAKXIII (groupe suisse winner du Greenfield Festival Contest 2010) qui prendra les platines pour nous balancer son jus jusqu'à la fin de la nuit, avec ses plaques EBM, ElectroClash, ElectroSex.
Nous aurons également en spécial guest, la visite de personnalités excentriques de la scène fetish Européenne, Française et Italienne notamment.
Nous aurons également en spécial guest, la visite de personnalités excentriques de la scène fetish Européenne, Française et Italienne notamment.
Et pour le reste: looks extravagants, conduites amorales, sueur, esprits en formes de katanas, comme on le dit trop souvent et jamais assez: Le show c’est vous!
Bien à voutres
PARANORMAL SOCIETY
mercredi 19 mai 2010
samedi 8 mai 2010
Sortie de "Borderline", l'album de Gloria Gaybar
La scandaleuse, vénéneuse, gigantissimme Gloria Gaybar Gorgeous Queen in Switzerland, échappée d’un film de John Waters, sera Queen of la FetishBox II. En première partie de la soirée, elle viendra y vernir son album dirty electro « Borderline » sorti le 25 Mai.
jeudi 29 avril 2010
samedi 24 avril 2010
Newsletter mai-juin 2010
Flamboyants, aiguisés comme des patins à glace! MAGNIFICENT!!! Ceux qui voulaient danser ne se sont pas trompés en venant voir le set electro dark de Miss Duckin. Au Purgatoire, le parquet des playrooms toujours pleines à pris feu. Que des gens de qualité;-D, un beau mélange des genres. Grâce à vous, la première FETISHBOX à de loin dépassé nos espérances.
Un grand merci à Lionel D, Clara, Erik, à Miss Duckin et ses skeuds, à Fab, à Rub, Maélin, Poulain et Ben. Voici le link vers la galerie photo de la Fetishbox I: http://www.paranormal-society.org/galeries.html
Ceci fait, il nous reste à parler de ce site et de ce blogspot. Il est tout nouveau, il vient d'arriver, et nous sommes fiers de vous le soumettre, en espérant qu'il vous serve et qu'il nous aide. Il y a des artistes à découvrir, des nuits à passer les yeux ouverts, c'est un monde, un contre-monde.
Le propos n'est pas de promouvoir ni de devenir mainstream comme l'est devenue la communauté gay, mais simplement d'être là, nous vivons une culture plus riche que veulent bien le dire les clichés et nous ne nous posons pas de questions sur une quelconque légitimité publique ou sociale. Fétichistes, bod mods, SM players, shibari addicts, vampyres, c'est du Rock N'Roll, ça ne demande pas de permission ça prend le droit. De penser, de faire, d'avoir l'air de, de tendre à ce que l'extérieur devienne une extension de nous et non l'inverse. pas de mystères à cacher ici, nous ne sommes pas chez les geek occultistes mais chez les expérimentateurs de nouveaux schémas et les amoureux d'esthétique anciennes et futuristes.
Bien à voutres
PARANORMAL SOCIETY
PARANORMAL SOCIETY
mercredi 7 avril 2010
Interview de Laurent Courau,sortie du DVD de Vampyres
À propos de VAMPYRES, interview parue dans le n°61 du magazine ELEGY
Interview de Laurent Courau, journailste et réalisateur de Vampyres, réalisée par Alyz Tale, parution au printemps 2010 dans le soixante-et-unième numéro du magazine Elegy.
Alyz Tale : La dernière fois que nous avons discuté avec toi du sujet des vampyres, c'était pour la sortie de ton livre chez Flammarion au printemps 2006, ça fait un moment ! Pourquoi le DVD a-t-il mis autant de temps à sortir en France ?
Laurent Courau : Tout simplement parce que le film n’était pas terminé en 2006. Certains tournages se sont déroulés bien après la sortie du livre, comme notre exploration de la Venise ésotérique aux côtés de Marcos Drake ou la rencontre de Lord Taiki dans son magasin occulte d’Osaka, au Japon. Il a ensuite fallu s’atteler au montage, qui s’est étalé sur de longs mois.
Contrairement à une œuvre de fiction, construite sur un scénario préalable, le fil narratif d’un documentaire se met souvent en place durant la phase de postproduction. Au départ, on ne sait pas ce que l’on va ramener comme images en partant en tournage, surtout lorsqu’on part à l’aventure sur des territoires comme le Bronx ou Spanish Harlem avec le clan Hidden Shadows ou encore le Quartier Rouge d’Amsterdam et le Quartier Français de la Nouvelle-Orléans. Il me fallait gérer les vampyres, mais aussi l’environnement avec les gens qui vivaient sur place… l’élaboration d’un documentaire peut se révéler très chaotique. Ce n’est donc qu’après mon retour, en visionnant la centaine d’heures de rushes en ma possession, que j’ai pu envisager la manière dont j’allais raconter cette histoire. Un processus qui a pris du temps.
Et il m'a ensuite fallu trouver un distributeur, ce qui s'est fait grâce à Patrice Lamare et Stéphanie Heuze du vidéoclub Hors-Circuits (http://www.horscircuits.com/) qui m'ont présenté l'équipe du Chat Qui Fume (http://www.lechatquifume.com/). Ceux-ci ont fait un travail remarquable avec cette sortie quasi « collector » avec un digipack trois volets, un livret de 32 pages de photographies des vampyres par Lukas Zpira, plein de bonus dont des séquences et des interviews inédites, etc.
A.Z. : Du coup ça fait des années que tu as commencé à enquêter sur la communauté des Vampyres, et comme toutes les communautés elle a dû pas mal évoluer, dans quel sens dirais-tu qu'elle changé depuis qu'on été tournées ces images ?
L.C. : Lorsque nous avons commencé à tourner, en décembre 2002, le monde était bien différent de ce qu'il est aujourd'hui. Les new-yorkais étaient encore sous le choc des attentats du 11 septembre 2001, mais il me semble que le monde était plus enjoué, plus optimiste qu'il ne l'est actuellement. New York était aussi une ville plus libre à cette époque. Beaucoup de lieux de nuit ont fermé dans Manhattan, la ville s'est embourgeoisée et les loyers ont augmenté.
Comme à chaque fois que ça arrive, les mouvances marginales ont été obligés de se replier vers l'extérieur de la ville, en l'occurrence vers des quartiers moins chers donc éloignés de Manhattan, dans Brooklyn, le Bronx, le Queens et le New Jersey. Ce qui fait que la communauté vampyre est toujours là, toujours active, mais plus discrète, moins visible. Ce qui ne veut pas dire qu'elle est moins active, elle attend simplement son heure. On peut s'attendre à de nouveaux bouleversements avec la crise économique qui frappe très durement New York. Les loyers vont probablement baisser, la mairie aura peut-être d'autres chats à fouetter que de contrôler la vie nocturne, ce qui devrait permettre aux vampyres et aux freaks de tous poils de réinvestir la ville. Ces phénomènes sont cycliques.
A.Z. : Bien sûr on se demande comment les vampyres, et en particulier ceux qui apparaissent dans le film, ont bien pu accueillir le DVD…
L.C. : Bilan mitigé avec d'un côté des protagonistes du film comme Miguel Valentin, Saint Anthony ou Ice Pick qui clament haut et fort que ce film « dit » la vérité. Et de l'autre, des vampyres (pas nécessairement présents dans le film) qui hurlent au scandale pour les révélations qu’il contient sur leur communauté, son fonctionnement et ses rites secrets.
Les tensions sont encore plus palpables autour du rituel de sang que nous avons filmé chez les Hidden Shadows et qui intervient dans le seconde moitié de Vampyres. Ces images ont provoqué un mini scandale et engendré des débats houleux au sein de la communauté. Même chose pour la présence du Vampire de Paris dont le passé n'a pas l'heur de plaire à tout le monde. Mais, qu'on le veuille ou non, ces événements et ces rencontres font partie de l'histoire du film. Ca ne m'appartient plus.
A.Z. : On voit dans le film que l'intégration aux communautés Vampyres n'a pas forcément été évidente pour toi au départ, et sans offense aucune, c'est vrai que tu as un tête de « petit blanc très normal » à côté d'eux (rires), comment as-tu finalement réussi à bien t'intégrer ?
L.C. : L’immense majorité des protagonistes du film ne s’étaient jamais trouvés face à une caméra et ne voyaient pas nécessairement notre présence d’un très bon œil. Une méfiance plutôt compréhensible lorsqu’on connaît la virulence des médias de masse américains à l’égard de tout ce qui sort de la norme. Il m’a donc fallu les convaincre et gagner leur confiance. Comme toujours, c'est une histoire de rencontres humaines. J'ai bénéficié au départ des relations privilégiées de Lukas Zpira avec les Hidden Shadows. Puis, il y a eu la rencontre avec Father Sebastiaan qui m'a invité à New York et à la Nouvelle-Orléans, en me présentant d'autres personnalités de la communauté, comme Michelle Belanger ou Don Henrie.
Pour ce qui est de ma tête de petit blanc (rires), il m’est arrivé d’en remercier le ciel, comme ce fut le cas à l’issue de notre premier journée de tournage à Jamaica, dans le Queens. Nous sortions à la tombée de la nuit d'un centre commercial délabré, en plein ghetto. Les membres du gang local nous attendaient, exactement comme dans un film : physiques hors normes, tatouages de gangsters, faciès patibulaires, énormes 4x4 aux vitres fumées. Ils voulaient savoir ce que nous trafiquions avec nos caméras dans leur quartier. Et je parierais bien que ma tête de petit blanc et mon accent exotique nous ont permis de nous en tirer à bon compte, avec la promesse que je les avertirais avant de revenir la prochaine fois. Pour conclure, j'apprenais le lendemain dans le journal qu'une fusillade entre les gangs et la police venait de faire huit morts, précisément dans le quartier où nous nous trouvions.
A.Z. : Nous en avions vaguement parlé lors de notre précédent entretien, la culture Vampyrique commence à arriver en Europe, et c'est probablement encore plus le cas depuis la sortie du livre, gardes-tu un oeil sur ce qui se passe chez nous à ce niveau ? Comment ça évolue ?
L.C. : J'ai assisté de loin à la formation d'un certain nombre de clans inspirés du modèle new-yorkais. Des échanges se sont noués entre la France et la côte est des USA. C'est évident, les deux continents sont complémentaires, avec des racines et une culture séculaire du côté de la vieille Europe et un immense réservoir d'énergie aux Etats-Unis. L'archétype vampirique est dorénavant omniprésent dans la culture populaire, au travers de la littérature, du cinéma, des séries télévisées et des jeux vidéo. Ce qui ne peut que soutenir le développement d'une scène en plein questionnement, avec des expériences qui mêlent la création artistique, l'ésotérisme sombre et les arts martiaux. Après, personne ne peut prédire les prochaines mutations, mais je parie que ça sera étonnant, inédit et forcément intéressant à suivre.
C'est fascinant car on voit bien dans le film que la communauté vampyrique new-yorkaise est née dans le ghetto, dans des quartiers bien loin de l'image forgée par la littérature fantastique, en gros c'est un peu comme si une contre-culture de vampires avait vu le jour dans les cités du 93 en banlieue parisienne. Cet aspect ne creuse-t-il pas un certain fossé, en tout cas un décalage, entre les vampyres américains et la scène vampirique émergente européenne ?
L.C. : Le décalage est évident, mais les réactions négatives restent limitées. Au contraire, je suis enchanté de l'enthousiasme, de la curiosité et de l'esprit d'ouverture des scènes française et européenne. Au pire, il m'est arrivé d'échanger avec un groupuscule d'occultistes auto-proclamés, proches de la scène dark folk, qui voient d'un très mauvais oeil l’émergence d’une scène américaine et multi-ethnique. Honnêtement, ça ne m'intéresse pas. Comme le dit Lord Zillah des Hidden Shadows dans Vampyres, « les gens sont les gens. Il y aura toujours des ignorants. » Ceci dit, rien ne les empêche de se rendre sur place pour expliquer leur manière de penser aux vampyres. On leur souhaite bien du plaisir.
A.Z. : À vrai dire je pensais plutôt à l’inverse: la réaction des vampyres américains devant l’émergence d’une scène européenne finalement assez éloignée de leurs propres origines…
L.C. : Les réactions sont généralement bonnes. Les Américains sont curieux de ce qu'il se passe ici. L'Europe représente à leurs yeux une forme de paradis perdu à la limite du cliché de carte postale avec ses traditions, ses vieilles pierres, ses secrets séculaires, etc. L'idée que leur scène puisse à son tour influencer les Européens les flatte énormément.
Mais tu as aussi des vampyres issus du ghetto qui se moquent éperdument de ce qu'il se passe dans le reste du monde. Maven Lore, un fansgmith de la Nouvelle-Orléans, m'avait parlé des membres des Crips qu'il comptait parmi ses clients. Je ne pense pas que ceux-ci s'intéressent beaucoup à la maçonnerie luciférienne et aux rites vampiriques de la Venise occulte des XVIIe et XVIIIe siècles.
A.Z. : Tu es en pleine période de promo du DVD, comment réagissent les médias à ce film ? Je ne parle pas de la presse alternative mais de médias plus généralistes, à quoi fais-tu face : Curiosité ? Rejet ? Dérision ?
L.C. : Étonnamment, ça se passe très bien. De nouveau, plutôt de la curiosité. Parfois un poil de dérision, mais dans l'ensemble ça reste correct. J'imagine que le sujet leur semble déjà tellement extrême et inhabituel qu'ils n'éprouvent pas le besoin d'en rajouter. Quelque part, je me dis que les médias généralistes auxquels tu fais référence sont tellement perdus qu'ils sont prêts à tout accepter. La culture de masse actuelle me semble aujourd'hui beaucoup plus bizarre que ce que produisent la plupart des marges, y compris parmi les plus extrêmes.
On nage en pleine crise économique mondiale, avec des pandémies qui apparaissent et disparaissent au gré des vents, les signes avant-coureurs d'un bouleversement climatique de grande ampleur, des élites complètement déresponsabilisées à la tête de sociétés occidentales en pleine désagrégation, des scandales politico-économiques à chaque coin de page, un fichage biométrique généralisé, des tests génétiques pour détecter les tricheurs au concours d'entrée des grandes écoles, des drones qui se promènent au-dessus des cités sensibles... alors après tout, pourquoi pas des vampyres ? Pour ma part, je les trouve parfaitement intégrés à notre époque. Il serait peut-être temps de revoir le concept même de « normalité », non ?
A.Z. : Tout à fait, mais en parlant de médias généralistes je ne parlais pas forcément de normalité, à vrai dire il est plus que probable que les membres de la communauté vampyre soient plus « normaux » humainement que les protagonistes de Secret Story qui s’étalent partout dans les médias en ce moment par exemple, tu ne penses pas?
L.C. : Disons que les vampyres ont au moins le mérite d'essayer de s'en sortir par leurs propres moyens, contrairement aux protagonistes de Secret Story qui ne sont que les énièmes dindons sacrificiels d'une télévision en perte de vitesse. On peut critiquer les vampyres et même se moquer d'eux, mais au moins ils essaient de trouver des portes de sortie, ils tentent de se recréer un univers dans une société qui ne leur a pas fait de cadeaux. Ce qui a d'autant plus de valeur lorsqu'on sait d'où ils viennent, lorsqu'on connaît les quartiers où certains d'entre eux ont grandi. La plupart d'entre nous n'y passerait pas cinq minutes.
C'est ce que Saint Anthony sous-entend au début du film, lorsqu'il m'explique qu'il a trouvé la rédemption au travers du vampyrisme à sa sortie de prison, que c'est en entrant dans le clan Hidden Shadows qu'il a finalement réussi à prendre ses distances avec la rue.
A.Z. : Dans ce film, tu poses la question de ce que serait cette communauté si elle était entre les mains de leaders mal intentionnés, et c'est une excellente question. Faire connaître et voir s'agrandir cette communauté peut soulever certaines inquiétudes, qu'en penses-tu ?
L.C. : Il me semblait nécessaire de l'évoquer dans mon commentaire, car c'est une question que l'on est en mesure de se poser. La tentation de manipuler une subculture pour l'exploiter dans un cadre politique ou religieux ne date pas d'hier, mais ça n'a jamais vraiment fonctionné. On n'a jamais réussi à fédérer ou unifier une scène derrière un drapeau unique. Il doit y avoir un gène chaotique inhérent aux phénomènes issus de l'underground qui les rend définitivement inexploitables. Ce que je trouve plutôt très rassurant.
A.Z. : Comme tu le dis en conclusion du film, on assiste à l'émergence de nombreuses contre-cultures faites de gens qui cherchent avant tout à échapper à leur quotidien. Toi qui t'es spécialisé entre autres dans l'étude de ces contre-cultures, en as-tu récemment croisé d'autres sur ton chemin sur lesquelles tu aimerais te pencher plus longuement ?
L.C. : Il y aurait bien certains clans de loups-garous en Scandinavie... On m'a parlé de rituels de magie rouge, dont les pratiquants opèrent nus dans la neige, en plein hiver. Je prépare aussi un nouveau film documentaire, toujours en collaboration avec Lukas Zpira, qui sera cette fois plus orienté vers le cyberpunk et l'anticipation. Une forme de tour du monde science-fictionnel, de nouveau basé sur le principe de perméabilité de la réalité et de la fiction, dont le tournage est prévu pour l'année 2010.
Nous participons aussi à la Borderline Biennal de la Demeure du Chaos, à Saint-Romain-au-Mont-d'Or, où Satomi et Lukas viennent de réaliser une performance que je qualifierais d'« inédite » et dont on parle déjà beaucoup sur Internet. (rires) Et j'opère pour ma part comme d'habitude un peu en retrait, en collaborant avec Thierry Ehrmann sur une narration « gonzo » de la Borderline Biennal qui devrait sortir sous forme de roman au début de l'année prochaine. Il y a beaucoup de choses à dire et à raconter entre les différentes performances et certains visites exceptionnelles, notamment celle de l'écrivain Norman Spinrad.
La Demeure du Chaos est vraiment un lieu très particulier, multidimensionnel, où il faut prendre le temps de se rendre « physiquement ». Les photographies et les vidéos ne peuvent pas rendre compte de l'expérience propre à chacun sur place. Et je dis ça sans aucune forme de prosélytisme, sans la moindre allusion mystique ou occulte. La densité et le propos des oeuvres réalisées sur place peuvent selon les cas provoquer, émouvoir ou susciter la réflexion. Il se passe quelque chose et c'est déjà suffisamment rare pour être souligné.
Interview de Laurent Courau, journailste et réalisateur de Vampyres, réalisée par Alyz Tale, parution au printemps 2010 dans le soixante-et-unième numéro du magazine Elegy.
Alyz Tale : La dernière fois que nous avons discuté avec toi du sujet des vampyres, c'était pour la sortie de ton livre chez Flammarion au printemps 2006, ça fait un moment ! Pourquoi le DVD a-t-il mis autant de temps à sortir en France ?
Laurent Courau : Tout simplement parce que le film n’était pas terminé en 2006. Certains tournages se sont déroulés bien après la sortie du livre, comme notre exploration de la Venise ésotérique aux côtés de Marcos Drake ou la rencontre de Lord Taiki dans son magasin occulte d’Osaka, au Japon. Il a ensuite fallu s’atteler au montage, qui s’est étalé sur de longs mois.
Contrairement à une œuvre de fiction, construite sur un scénario préalable, le fil narratif d’un documentaire se met souvent en place durant la phase de postproduction. Au départ, on ne sait pas ce que l’on va ramener comme images en partant en tournage, surtout lorsqu’on part à l’aventure sur des territoires comme le Bronx ou Spanish Harlem avec le clan Hidden Shadows ou encore le Quartier Rouge d’Amsterdam et le Quartier Français de la Nouvelle-Orléans. Il me fallait gérer les vampyres, mais aussi l’environnement avec les gens qui vivaient sur place… l’élaboration d’un documentaire peut se révéler très chaotique. Ce n’est donc qu’après mon retour, en visionnant la centaine d’heures de rushes en ma possession, que j’ai pu envisager la manière dont j’allais raconter cette histoire. Un processus qui a pris du temps.
Et il m'a ensuite fallu trouver un distributeur, ce qui s'est fait grâce à Patrice Lamare et Stéphanie Heuze du vidéoclub Hors-Circuits (http://www.horscircuits.com/) qui m'ont présenté l'équipe du Chat Qui Fume (http://www.lechatquifume.com/). Ceux-ci ont fait un travail remarquable avec cette sortie quasi « collector » avec un digipack trois volets, un livret de 32 pages de photographies des vampyres par Lukas Zpira, plein de bonus dont des séquences et des interviews inédites, etc.
A.Z. : Du coup ça fait des années que tu as commencé à enquêter sur la communauté des Vampyres, et comme toutes les communautés elle a dû pas mal évoluer, dans quel sens dirais-tu qu'elle changé depuis qu'on été tournées ces images ?
L.C. : Lorsque nous avons commencé à tourner, en décembre 2002, le monde était bien différent de ce qu'il est aujourd'hui. Les new-yorkais étaient encore sous le choc des attentats du 11 septembre 2001, mais il me semble que le monde était plus enjoué, plus optimiste qu'il ne l'est actuellement. New York était aussi une ville plus libre à cette époque. Beaucoup de lieux de nuit ont fermé dans Manhattan, la ville s'est embourgeoisée et les loyers ont augmenté.
Comme à chaque fois que ça arrive, les mouvances marginales ont été obligés de se replier vers l'extérieur de la ville, en l'occurrence vers des quartiers moins chers donc éloignés de Manhattan, dans Brooklyn, le Bronx, le Queens et le New Jersey. Ce qui fait que la communauté vampyre est toujours là, toujours active, mais plus discrète, moins visible. Ce qui ne veut pas dire qu'elle est moins active, elle attend simplement son heure. On peut s'attendre à de nouveaux bouleversements avec la crise économique qui frappe très durement New York. Les loyers vont probablement baisser, la mairie aura peut-être d'autres chats à fouetter que de contrôler la vie nocturne, ce qui devrait permettre aux vampyres et aux freaks de tous poils de réinvestir la ville. Ces phénomènes sont cycliques.
A.Z. : Bien sûr on se demande comment les vampyres, et en particulier ceux qui apparaissent dans le film, ont bien pu accueillir le DVD…
L.C. : Bilan mitigé avec d'un côté des protagonistes du film comme Miguel Valentin, Saint Anthony ou Ice Pick qui clament haut et fort que ce film « dit » la vérité. Et de l'autre, des vampyres (pas nécessairement présents dans le film) qui hurlent au scandale pour les révélations qu’il contient sur leur communauté, son fonctionnement et ses rites secrets.
Les tensions sont encore plus palpables autour du rituel de sang que nous avons filmé chez les Hidden Shadows et qui intervient dans le seconde moitié de Vampyres. Ces images ont provoqué un mini scandale et engendré des débats houleux au sein de la communauté. Même chose pour la présence du Vampire de Paris dont le passé n'a pas l'heur de plaire à tout le monde. Mais, qu'on le veuille ou non, ces événements et ces rencontres font partie de l'histoire du film. Ca ne m'appartient plus.
A.Z. : On voit dans le film que l'intégration aux communautés Vampyres n'a pas forcément été évidente pour toi au départ, et sans offense aucune, c'est vrai que tu as un tête de « petit blanc très normal » à côté d'eux (rires), comment as-tu finalement réussi à bien t'intégrer ?
L.C. : L’immense majorité des protagonistes du film ne s’étaient jamais trouvés face à une caméra et ne voyaient pas nécessairement notre présence d’un très bon œil. Une méfiance plutôt compréhensible lorsqu’on connaît la virulence des médias de masse américains à l’égard de tout ce qui sort de la norme. Il m’a donc fallu les convaincre et gagner leur confiance. Comme toujours, c'est une histoire de rencontres humaines. J'ai bénéficié au départ des relations privilégiées de Lukas Zpira avec les Hidden Shadows. Puis, il y a eu la rencontre avec Father Sebastiaan qui m'a invité à New York et à la Nouvelle-Orléans, en me présentant d'autres personnalités de la communauté, comme Michelle Belanger ou Don Henrie.
Pour ce qui est de ma tête de petit blanc (rires), il m’est arrivé d’en remercier le ciel, comme ce fut le cas à l’issue de notre premier journée de tournage à Jamaica, dans le Queens. Nous sortions à la tombée de la nuit d'un centre commercial délabré, en plein ghetto. Les membres du gang local nous attendaient, exactement comme dans un film : physiques hors normes, tatouages de gangsters, faciès patibulaires, énormes 4x4 aux vitres fumées. Ils voulaient savoir ce que nous trafiquions avec nos caméras dans leur quartier. Et je parierais bien que ma tête de petit blanc et mon accent exotique nous ont permis de nous en tirer à bon compte, avec la promesse que je les avertirais avant de revenir la prochaine fois. Pour conclure, j'apprenais le lendemain dans le journal qu'une fusillade entre les gangs et la police venait de faire huit morts, précisément dans le quartier où nous nous trouvions.
A.Z. : Nous en avions vaguement parlé lors de notre précédent entretien, la culture Vampyrique commence à arriver en Europe, et c'est probablement encore plus le cas depuis la sortie du livre, gardes-tu un oeil sur ce qui se passe chez nous à ce niveau ? Comment ça évolue ?
L.C. : J'ai assisté de loin à la formation d'un certain nombre de clans inspirés du modèle new-yorkais. Des échanges se sont noués entre la France et la côte est des USA. C'est évident, les deux continents sont complémentaires, avec des racines et une culture séculaire du côté de la vieille Europe et un immense réservoir d'énergie aux Etats-Unis. L'archétype vampirique est dorénavant omniprésent dans la culture populaire, au travers de la littérature, du cinéma, des séries télévisées et des jeux vidéo. Ce qui ne peut que soutenir le développement d'une scène en plein questionnement, avec des expériences qui mêlent la création artistique, l'ésotérisme sombre et les arts martiaux. Après, personne ne peut prédire les prochaines mutations, mais je parie que ça sera étonnant, inédit et forcément intéressant à suivre.
C'est fascinant car on voit bien dans le film que la communauté vampyrique new-yorkaise est née dans le ghetto, dans des quartiers bien loin de l'image forgée par la littérature fantastique, en gros c'est un peu comme si une contre-culture de vampires avait vu le jour dans les cités du 93 en banlieue parisienne. Cet aspect ne creuse-t-il pas un certain fossé, en tout cas un décalage, entre les vampyres américains et la scène vampirique émergente européenne ?
L.C. : Le décalage est évident, mais les réactions négatives restent limitées. Au contraire, je suis enchanté de l'enthousiasme, de la curiosité et de l'esprit d'ouverture des scènes française et européenne. Au pire, il m'est arrivé d'échanger avec un groupuscule d'occultistes auto-proclamés, proches de la scène dark folk, qui voient d'un très mauvais oeil l’émergence d’une scène américaine et multi-ethnique. Honnêtement, ça ne m'intéresse pas. Comme le dit Lord Zillah des Hidden Shadows dans Vampyres, « les gens sont les gens. Il y aura toujours des ignorants. » Ceci dit, rien ne les empêche de se rendre sur place pour expliquer leur manière de penser aux vampyres. On leur souhaite bien du plaisir.
A.Z. : À vrai dire je pensais plutôt à l’inverse: la réaction des vampyres américains devant l’émergence d’une scène européenne finalement assez éloignée de leurs propres origines…
L.C. : Les réactions sont généralement bonnes. Les Américains sont curieux de ce qu'il se passe ici. L'Europe représente à leurs yeux une forme de paradis perdu à la limite du cliché de carte postale avec ses traditions, ses vieilles pierres, ses secrets séculaires, etc. L'idée que leur scène puisse à son tour influencer les Européens les flatte énormément.
Mais tu as aussi des vampyres issus du ghetto qui se moquent éperdument de ce qu'il se passe dans le reste du monde. Maven Lore, un fansgmith de la Nouvelle-Orléans, m'avait parlé des membres des Crips qu'il comptait parmi ses clients. Je ne pense pas que ceux-ci s'intéressent beaucoup à la maçonnerie luciférienne et aux rites vampiriques de la Venise occulte des XVIIe et XVIIIe siècles.
A.Z. : Tu es en pleine période de promo du DVD, comment réagissent les médias à ce film ? Je ne parle pas de la presse alternative mais de médias plus généralistes, à quoi fais-tu face : Curiosité ? Rejet ? Dérision ?
L.C. : Étonnamment, ça se passe très bien. De nouveau, plutôt de la curiosité. Parfois un poil de dérision, mais dans l'ensemble ça reste correct. J'imagine que le sujet leur semble déjà tellement extrême et inhabituel qu'ils n'éprouvent pas le besoin d'en rajouter. Quelque part, je me dis que les médias généralistes auxquels tu fais référence sont tellement perdus qu'ils sont prêts à tout accepter. La culture de masse actuelle me semble aujourd'hui beaucoup plus bizarre que ce que produisent la plupart des marges, y compris parmi les plus extrêmes.
On nage en pleine crise économique mondiale, avec des pandémies qui apparaissent et disparaissent au gré des vents, les signes avant-coureurs d'un bouleversement climatique de grande ampleur, des élites complètement déresponsabilisées à la tête de sociétés occidentales en pleine désagrégation, des scandales politico-économiques à chaque coin de page, un fichage biométrique généralisé, des tests génétiques pour détecter les tricheurs au concours d'entrée des grandes écoles, des drones qui se promènent au-dessus des cités sensibles... alors après tout, pourquoi pas des vampyres ? Pour ma part, je les trouve parfaitement intégrés à notre époque. Il serait peut-être temps de revoir le concept même de « normalité », non ?
A.Z. : Tout à fait, mais en parlant de médias généralistes je ne parlais pas forcément de normalité, à vrai dire il est plus que probable que les membres de la communauté vampyre soient plus « normaux » humainement que les protagonistes de Secret Story qui s’étalent partout dans les médias en ce moment par exemple, tu ne penses pas?
L.C. : Disons que les vampyres ont au moins le mérite d'essayer de s'en sortir par leurs propres moyens, contrairement aux protagonistes de Secret Story qui ne sont que les énièmes dindons sacrificiels d'une télévision en perte de vitesse. On peut critiquer les vampyres et même se moquer d'eux, mais au moins ils essaient de trouver des portes de sortie, ils tentent de se recréer un univers dans une société qui ne leur a pas fait de cadeaux. Ce qui a d'autant plus de valeur lorsqu'on sait d'où ils viennent, lorsqu'on connaît les quartiers où certains d'entre eux ont grandi. La plupart d'entre nous n'y passerait pas cinq minutes.
C'est ce que Saint Anthony sous-entend au début du film, lorsqu'il m'explique qu'il a trouvé la rédemption au travers du vampyrisme à sa sortie de prison, que c'est en entrant dans le clan Hidden Shadows qu'il a finalement réussi à prendre ses distances avec la rue.
A.Z. : Dans ce film, tu poses la question de ce que serait cette communauté si elle était entre les mains de leaders mal intentionnés, et c'est une excellente question. Faire connaître et voir s'agrandir cette communauté peut soulever certaines inquiétudes, qu'en penses-tu ?
L.C. : Il me semblait nécessaire de l'évoquer dans mon commentaire, car c'est une question que l'on est en mesure de se poser. La tentation de manipuler une subculture pour l'exploiter dans un cadre politique ou religieux ne date pas d'hier, mais ça n'a jamais vraiment fonctionné. On n'a jamais réussi à fédérer ou unifier une scène derrière un drapeau unique. Il doit y avoir un gène chaotique inhérent aux phénomènes issus de l'underground qui les rend définitivement inexploitables. Ce que je trouve plutôt très rassurant.
A.Z. : Comme tu le dis en conclusion du film, on assiste à l'émergence de nombreuses contre-cultures faites de gens qui cherchent avant tout à échapper à leur quotidien. Toi qui t'es spécialisé entre autres dans l'étude de ces contre-cultures, en as-tu récemment croisé d'autres sur ton chemin sur lesquelles tu aimerais te pencher plus longuement ?
L.C. : Il y aurait bien certains clans de loups-garous en Scandinavie... On m'a parlé de rituels de magie rouge, dont les pratiquants opèrent nus dans la neige, en plein hiver. Je prépare aussi un nouveau film documentaire, toujours en collaboration avec Lukas Zpira, qui sera cette fois plus orienté vers le cyberpunk et l'anticipation. Une forme de tour du monde science-fictionnel, de nouveau basé sur le principe de perméabilité de la réalité et de la fiction, dont le tournage est prévu pour l'année 2010.
Nous participons aussi à la Borderline Biennal de la Demeure du Chaos, à Saint-Romain-au-Mont-d'Or, où Satomi et Lukas viennent de réaliser une performance que je qualifierais d'« inédite » et dont on parle déjà beaucoup sur Internet. (rires) Et j'opère pour ma part comme d'habitude un peu en retrait, en collaborant avec Thierry Ehrmann sur une narration « gonzo » de la Borderline Biennal qui devrait sortir sous forme de roman au début de l'année prochaine. Il y a beaucoup de choses à dire et à raconter entre les différentes performances et certains visites exceptionnelles, notamment celle de l'écrivain Norman Spinrad.
La Demeure du Chaos est vraiment un lieu très particulier, multidimensionnel, où il faut prendre le temps de se rendre « physiquement ». Les photographies et les vidéos ne peuvent pas rendre compte de l'expérience propre à chacun sur place. Et je dis ça sans aucune forme de prosélytisme, sans la moindre allusion mystique ou occulte. La densité et le propos des oeuvres réalisées sur place peuvent selon les cas provoquer, émouvoir ou susciter la réflexion. Il se passe quelque chose et c'est déjà suffisamment rare pour être souligné.
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mercredi 10 mars 2010
jeudi 18 février 2010
vendredi 12 février 2010
G. Rubin et J. Butler, Marché au sexe
Je ne vois pas comment on pourrait parler de fétichisme, ou de sadomasochisme, sans réfléchir à la production de caoutchouc, aux techniques de dressage des chevaux, à l’usage du harnais en équitation, au cirage brillant des bottes militaires, à l’histoire des bas de soie, à la froide autorité des vêtements médiévaux, à la vitesse à moto et à l’indéfinissable sensation de liberté qu’on éprouve à quitter la ville et à rouler sur une route en pleine nature. Pour toutes ces raisons, comment penser au fétichisme indépendamment de la vie urbaine, de certaines rues, de certains parcs, des quartiers chauds et des bas-fonds, des séductions de certains rayons des grands magasins regorgeant de marchandises désirables et glamour ? Le fétichisme fait surgir en moi quantité de questions sur les changements dans la production des objets, les spécificités historiques du contrôle social et de l’étiquette de la peau, les expériences ambiguës d’intrusions corporelles et leur hiérarchie savamment réglée. Si toute la complexité de ces informations sociales est réduite à la castration, au complexe d’Œdipe, au savoir ou à l’ignorance de ce qu’on ne doit pas savoir, je crois qu’on aura perdu quelque chose d’important.
Gayle Rubin
G. Rubin et J. Butler, Marché au sexe, op. cit., p. 33.34. Paris, EPEL, 2001
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