vendredi 12 février 2010

G. Rubin et J. Butler, Marché au sexe

Je ne vois pas comment on pourrait parler de fétichisme, ou de sadomasochisme, sans réfléchir à la production de caoutchouc, aux techniques de dressage des chevaux, à l’usage du harnais en équitation, au cirage brillant des bottes militaires, à l’histoire des bas de soie, à la froide autorité des vêtements médiévaux, à la vitesse à moto et à l’indéfinissable sensation de liberté qu’on éprouve à quitter la ville et à rouler sur une route en pleine nature. Pour toutes ces raisons, comment penser au fétichisme indépendamment de la vie urbaine, de certaines rues, de certains parcs, des quartiers chauds et des bas-fonds, des séductions de certains rayons des grands magasins regorgeant de marchandises désirables et glamour ? Le fétichisme fait surgir en moi quantité de questions sur les changements dans la production des objets, les spécificités historiques du contrôle social et de l’étiquette de la peau, les expériences ambiguës d’intrusions corporelles et leur hiérarchie savamment réglée. Si toute la complexité de ces informations sociales est réduite à la castration, au complexe d’Œdipe, au savoir ou à l’ignorance de ce qu’on ne doit pas savoir, je crois qu’on aura perdu quelque chose d’important.
Gayle Rubin
G. Rubin et J. Butler, Marché au sexe, op. cit., p. 33.34. Paris, EPEL, 2001

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